Quelle huile/beurre choisir ?

Plusieurs critères permettent de choisir son huile végétale : l’efficacité (pénétration, stabilité, diverses propriétés des phytoactifs, odeur…), le prix (qui varie beaucoup) et l‘impact environnemental de l’huile (mode de culture, consommation d’eau, consommation d’énergie pendant le transport), et son impact sociétal (droit du travail dans le pays d’origine et de conditionnement).

Je me suis documenté pour vous proposer une sélection basée essentiellement sur 3 indicateurs, et classés ici en fonction de la distance géographique :

  • impact écologique : la distance géographique
  • durée de stockage : la stabilité chimique
  • action cutanée : le pouvoir comédogène

 

C’est important de rappeler quelles plantes sont (ou pourraient) être cultivées en France et pays voisins. Mais il faudra toujours vérifier l’origine de la culture sur l’emballage (pas le lieu de fabrication, attention à ne pas se faire avoir). L’huile de jojoba si courante est notamment susceptible de venir d’Argentine.
D’ailleurs, saviez-vous que la jojoba (Simmondsia chinensis) n’est pas la jujube (Ziziphus jujuba, dont l’arbre pousse dans le sud de l’Europe) ?

Si vous n’arrivez pas à trouver l’information sur la provenance – comme c’est souvent le cas lorsqu’on achète sur internet – la valeur sûre est l’huile d’amande douce et l’huile d’olive. Enfin pour les beurres végétaux, les cultures à l’origine de beurres végétaux ne sont pas cultivées à grande échelle en Europe. Les principales origines restent l’Amérique du Sud (Amazonie), les pays du golfe de Guinée (Burkina faso, Ouganda), et subsahariens (Kenya), mais aussi l’Inde qui offre une grande diversité de sources botaniques (moringa, riçin, neem, calophylle, mangue, coco…). A vous d’évaluer l’impact de ces achats.

 

Quelle huile pour quelle propriétés ?

Sur tous les sites, on trouve des recommandations d’huiles végétales, pour une liste de propriétés qui sont soit évidentes (nourrissante, assouplissante), soit vague (revigorante??), mais dans tous les cas non spécifiques. Par exemple ici extrait d’un site d’une marque renommée :

Et encore d’autres propriétés : équilibrante, tonifiante, régénérante, raffermissante, lissante, stimulante, délassante, soulageante, éclaircissante, fortifiante, revigorante, repulpante… Quelle imagination ! Mais surtout, comment choisir ?

 

Différences de composition des huiles

Les huiles végétales diffèrent tant sur les composés majeurs (le profil d’acides gras, résumé ci-dessous [1]) que sur des composés mineurs qui sont les actifs (phytostérols, acides phénoliques, caroténoides, autres phénols …) [2]. Par exemple l’huile de coco est assez pauvre en tocophérols, stérols, par rapport à l’huile de germe de blé qui en est riche. Par exemple pour les tocophérols totaux, la teneur est de 11 (µg/100g) dans l’huile de coco, 130 dans l’olive, 410 dans le carthame et 1900 dans le germe de blé [3]. Le profil d’acide gras donne une idée de la stabilité chimique, les AGPI étant les moins stables face à l’oxydation*. Mais ces huiles instables sont aussi les plus riches en composés actifs… En fait, il n’y a pas d’huile parfaite.

La question qui se pose est : ces différences impactent-elles significativement l’action de l’huile, quand elle est appliquée sur la peau/les cheveux ?
Si l’huile 1 contient 1% de l’actif A, et l’huile 2 en contient 2%. Si l’on mesurait leur action « restructurante », de combien l’action de l’huile 2 serait supérieure à l’huile 1 ? Et si ça ne changeait absolument rien de significatif ?

 

En conclusion

Une bonne solution serait donc d’utiliser de façon complémentaire :

  1. Pour tous usages : une huile stable, disponible en grandes quantités dans la nature, et cultivée localement, comme l’huile d’olive ou d’amande (pour le corps, les mains, baumes lèvres, etc.). Parmi les propriétés qu’ont toutes les huiles : nourrissante, assouplissante, lissante, adoucissante, apaisante, lissante et anti-âge. C’est déjà pas mal, non ?
  2. Pour une application sur le visage : une huile pénétrante et non comédogène (argan, chanvre).
  3. Pour une action spécifique : cicatrisante, réparatrice… pourquoi pas opter pour des huiles essentielles (HE) ? Ce sont des huiles extrêmement riches en petits composés actifs, donc elles contiennent probablement des composés au moins aussi efficaces que ceux présents en faible quantité dans les huiles (phytostérols, caroténoides, et acides phénoliques). Attention cependant à éviter les HE photosensibilisantes ou irritantes (cannelle, citrus).

Note : privilégier les « huile vierge, de première pression à froid », qui ont subi moins de transformations, et présentent la teneur la plus élevée en composés phytoactifs.

Base neutre de baume corporel

 

*Stockage des huiles végétales instables :

Pour protéger les huiles de l’oxydation, il faut les conserver à l’abri de la lumière, au réfrigérateur et sur une courte durée. On pourra par exemple conserver un stock au réfrigérateur, et en sortir au besoin des petits conditionnements de 50 mL.

 

Sources:

[1] Orsavova, J., Misurcova, L., Ambrozova, J. V., Vicha, R., & Mlcek, J. (2015). Fatty acids composition of vegetable oils and its contribution to dietary energy intake and dependence of cardiovascular mortality on dietary intake of fatty acids. International journal of molecular sciences16(6), 12871-12890; doi:10.3390/ijms160612871 (en accès libre)

[2] Medina, E., De Castro, A., Romero, C., & Brenes, M. (2006). Comparison of the concentrations of phenolic compounds in olive oils and other plant oils: correlation with antimicrobial activity. Journal of Agricultural and Food Chemistry54(14), 4954-4961.

[3] David C. Herting, Emma-Jane E. Drury, Vitamin E Content of Vegetable Oils and Fats, The Journal of Nutrition, Volume 81, Issue 4, December 1963, Pages 335–342, https://doi.org/10.1093/jn/81.4.335