Quel émulsifiant utiliser ?

1. Qu’est-ce qu’une émulsion ?

Les émulsions (crèmes, certains baumes) sont des mélanges de 2 phases :

  • la phase « aqueuse » qui contient l’eau et ingrédients qui y sont solubles (dispersés dedans: des acides, des sels, des petits actifs de plantes)
  • la phase « lipidique » ou huileuse qui contient l’huile et ingrédients qui y sont solubles (certains actifs de plantes comme le resvératrol), certaines vitamines (les vitamine E et A par ex.)

Question introductive : Pourquoi une émulsion d’un liquide jaune et d’un liquide transparent est-il blanc ? En réalité ce que l’on voit – limités par la sensibilité de nos yeux – est la diffusion de la lumière par des gouttelettes d’huile en suspension dans l’eau, qui donnent un aspect blanc à l’ensemble.

 

2. Qu’est-ce qu’un émulsifiant ?

Un émulsifiant, ou tensioactif (surfactant en anglais) permet de stabiliser les émulsions. Les émulsifiants sont des molécules qui aiment à la fois l’huile et l’eau, et se placent entre les deux, à l’interface.

Il en existe une grande quantité, et beaucoup de ceux utilisés, notamment les « glycosides de sucre » sont de nature synthétique, même s’ils arborent de jolis claims comme « d’origine naturelle » et « doux » (moins irritants que leurs équivalents). Pour les fabriquer, on prend il faut une zone dite hydrophile (qui aime l’eau), on prendra des produits de coupure de l’amidon de céréales par exemple, et on l’associe à une molécule qui est lipophile (qui aime les lipides) comme l’huile de coco, par une réaction chimique contrôlée.

Mais la nature les avait inventée avant nous, en a confectionné plusieurs sortes, par exemple :

  • les lécithines, trouvées dans le soja (mais aussi dans le jaune d’oeuf), qui sont des phospholipides
  • les saponines, trouvées en forte concentration dans l’arbre savonnier d’inde (Sapindus mukorossi, cultivé notamment au Népal), mais aussi dans la poudre de Shikakai (Acacia concinna, cultivé en Inde), mais aussi dans les châtaignes, les feuilles de lierre, les racine de réglisse et de saponaire… Et au niveau moléculaire certaines sont assez simples, l’assemblage par exemple d’une hormone stéroidienne (partie lipidique) et de sucres (partie hydrophile).

Elles sont très efficaces pour stabiliser des baumes pour le corps. Par contre étant très légèrement irritantes (elles ont une action similaire aux savons), je ne recommande pas de les utiliser sur le visage.

 

3. Quelle quantité utiliser ?

Cela dépend de la texture que l’on souhaite obtenir. Dans les recettes proposées, on a visé une texture standard de crème onctueuse ( entre fluide et épaisse), de baume (entre riche et ferme). Dans chaque cas, on utilise une quantité raisonnable de tensioactif (<5% en masse), par exemple 2 – 3 %, c’est à dire moins que dans les produits cosmétiques classiques.

Les tensioactifs naturels ne sont malheureusement pas accessibles commercialement, mais ceux d’origine végétale sont désormais faciles à trouver (magasin bio, Aromazone). On peut donc se passer des tensioactifs de synthèse (sulfates et autres alkylphenols) dont certains sont très puissants et offrent de belles fonctionnalités en termes de texture, de toucher, etc. mais dont les procédés de fabrication peuvent être polluants.

A savoir : la quantité de tensioactif dépend directement de la quantité de matière grasse dans le produit.
Par exemple, 4% d’ester de sucre suffisent à maintenir la base crème pendant plusieurs mois sans se déphaser. Pour le baume, il est par contre recommandé d’en utiliser 8%.